dimanche 19 avril 2009

Avant propos

Bon, après avoir hésité entre le Canada et l'ile Maurice, la Corse et le Mexique, c'est décidé, on part pour ... Madagascar. D'ailleurs, on achète le guide du routard tout juste imprimé aux enchères sur internet (sans doute quelqu'un qui a changé d'avis),on s'intéresse à tout ce qu'il faut y voir ou sentir (ah, la vanille), lorsque la situation politique et quelque émeutes nous confortent dans l'idée qu'il ne faudra pas trop quitter le coin à touristes qui vit en complète autarcie. En plus ce n'est pas la meilleure saison, et un estivant de l'Ouest vient de s'y faire trucider : ne noircissons pas le tableau, sinon on ne revendra jamais notre guide du routard 2009 (pas cher, bradé 7€). et vive le Sénégal
Comme promis, on va essayer de vous faire partager le voyage.
Un petit mot pour Malik : si vous allez là bas, donnez lui le bonjour de notre part, et n'hésitez pas à le recommander. Voici ses coordonnées : 00 221 77 572 54 94
e-mail : elaj_@hotmail.fr
Ne prenez pas de loupe, les photos s'agrandissent en cliquant dessus.

Premier jour

lundi 6 avril. Ce qui est super, avec le Sénégal, c'est qu'on part de Nantes et ça, c'est un argument déterminant. Bon, partir de Nantes, ça veut pas dire direct de Nantes (fallait bien lire la brochure !!), et 4 heures après notre départ du Pouliguen, nous sommes en transit pour 3 heures à Roissy avant de prendre l'avion pour Dakar.
Passons sur l'arrivée à l'aéroport : notre agence avait sous-traité l'accueil à une autre mais avait oublié de nous donner son nom. Avec nos valises dans les mains, et les euros du séjour au fond des poches, on a visité le parking de l'aéroport de fond en comble, trouvé 250 taxis sans plaque avec des "amis" qui tous nous avaient reconnus, étaient spécialement envoyés par l'hôtel pour nous convoyer et voulaient nous emmener dans un véhicule probablement issu des amours coupables d'une Trabant et d'un Combi Citroën. Bref, tout finit par s'arranger, et nous finissons par trouver un "10 places" avec un guide qui exhibe nos noms sur un papier à en-tête.
(le restaurant, la piscine et, au fond, notre "suite" dans la cahute)
La première nuit, on dort bien : on n'a pas encore de coup de soleil, et on est très très fatigué.Le lendemain, ptit déj ( on a mangé des crèpes tous les jours!), première balade sur la plage et premier incident : Brigitte ne veut pas croire que c'est le pélican que je photographiais.
Ce matin, nous avons rendez vous avec 2 guides : Brigitte avec celui de l'hôtel, et moi avec Malik, rencontré sur un blog du "routard" avant le départ. Bien entendu, 1 heure plus tard, nous avions acheté 2 fois les mêmes prestations. Bon Malik a beaucoup de charme, et M'Bour. D'ici là, plage et baignades.

Retour des pêcheurs à M'Bour





Mardi 7 avril. Petit déjeuner au bord de la piscine, et je vais chercher une banque ( l'hôtel chante à 620 FCA/euro). Il y en a une au bout de la rue, toute neuve, un hall immense. Un seul client aux guichets, mais on m'invite à m'assoir dans le coin prévu à cet effet. Un autre client entre, s'assoit à mes cotés. "Vous ... tu n'es pas Christian Canonne?". 6000km, une nuit sans dormir dans l'avion, et ... je pensais au type qui avait dit "Docteur Livinstone, i presume". Effet garanti. Bref, une connaissance bridgesque Bauloise bien sympathique qui m'emmêne en ville changer dans la rue à 650. Par la suite, je trouverai à 655 : ça devient presqu'un jeu.
Déjeuner en ville le midi : le tieboudiène (du poisson) est remarquable, mais le centre de Saly épouvantable : c'est tout juste si on ne vous tire pas par la manche pour vous faire entrer dans les boutiques. Pollution touristique : nous verrons d'autres lieux plus authentiques.
M'Bour est la ville d'à coté : 70 à 100 000 habitants si on compte les faubourgs, pas de plage, pas d'hôtel, peu ou pas de touriste. On commence par traverser le marché et ça fait du bien de ne pas être abordé sans arrêt comme à Saly.
On suit le guide qui nous présente quelques amis, une ex-copine, et quelques cousins.
L'atelier de confection forme des apprentis à la machine à coudre, et cette formation est payante par les élèves "puisque le patron transmet son savoir-faire". Payer pour travailler, une idée à creuser.

Brigitte et Malik, notre guide


Le poisson séché :
odeurs et ambiance garanties.
Altercation entre poissonnières (les regards qui tuent !) et publicité pour les cubes Maggi. Brigitte achète du beurre de Karité pour masser le ventre de Cécile après la naissance. Moi, je pense que ça servira surtout à éloigner les moustiques et tous ceux qui ont un minimum d'odorat. Si on le met en bagage à main, on aura de la place dans l'avion au retour.
L'arrivée des premières pirogues de pêcheurs:des centaines vont suivre !
Les mareyeurs achètent le poisson sur les bateaux, puis il est débarqué ( parfois avec des charrettes tirées par des chevaux ) et mis en caisse et expédié par camion. Le poisson est surabondant : on lève les filets des excédents pour les sécher ou les mettre en saumure. Certaines espèces finiront en farine. Ce travail est confié aux femmes payées au rendement assises à même le sol.

Le pire est à venir(ci-dessous à gauche): les escargots de mer sont fracassés, décortiqués et enfouis dans le sol "pour qu'ils fermentent un peu". L'ôdeur est insoutenable. Pourquoi faire? De la sauce nuoc mam consommée en Asie ..
   Pas beau mon poisson?

Une pause en compagnie des femmes de pêcheurs qui offrent à Brigitte un pot de plantes pour parfumer la chambre et y faire venir le mari (chez elles il y a concurrence officielle), et visite du "chantier naval" où sont construites les pirogues colorées. Brigitte ne s'est pas remise de l'odeur des escargots de mer fracassés et je commence à craindre le pire pour la moquette de la voiture au retour ...

Retour vers 18 heures 30 à l'hôtel . Ce soir, soirée Sénégalaise, avec un groupe de musiciens traditionnel. Bizarre, je crois reconnaître une chanson sur Che Guevarra et une interprétation locale de Marinella : On n'a pas du leur dire qu'il était ténor, Tino Rossi?

Plage

Mercredi 8 avril Petit déj, plage, baignades ... La vie est belle. La plage de sable fin est à 50 mètres de l'hôtel, et une partie lui est réservée, avec gardiens : cela évite tout démarchage intempestif . Matelas sur transat, parasol en toit de paille, nos affaires sont surveillées pendant la baignade, et la plage nettoyée chaque matin. Lecture, et un peu de sudoku pour moi. La vie est belle, mais j'aimerais quand même connaitre le c...ard qui a inventé le jet-ski.

Le midi, on mange "chez Poulo", une adresse "incontournable" selon les commentaires du forum du guide du routard. On n'est pas déçus : c'est sympa, bon et (pour nous) pas cher. Pas de Mafé aujourd'hui : revenir vendredi. Pendant le repas (nous mangeons en terrasse), nous sommes démarchés pour des rolex, du parfum Chanel, des sculptures originales sur bois d'ébène ( strictement identiques à celles du centre de Saly pourtant), des tissus, vêtements fruits ... En fait, il y a quelques boutiques autour du resto, et les vendeurs sortent tour à tour un peu de marchandise pour nous la proposer. Pas de harcèlement, cela reste correct, et les calamars à l'ail sont succulents.
Depuis la terrasse, à droite, un atelier de ferronnerie où l'on s'affaire à même la rue : on forge, soude, martèle, meule pour faire des lits, des escaliers. De temps en temps, un attelage passe, suivi d'une voiture complète déglinguée ou d'un 4X4 flambant neuf.
Le soir, on a pris nos habitudes au bar avant de passer à la table du restaurant. Ce soir, un groupe jazz en habits bleus. Les têtes me disent vaguement quelque chose, surtout lorsqu'ils reprennent "che Guevarra" ou font danser un couple sur "Marinella".

Journée brousse

Jeudi 9 avril On se lève tôt pour le ptit déj et Malik nous attend dès 8h à la réception, en compagnie d'un couple de Rennais ( + 4 enfants), d'un magnifique minibus 10 places et du chauffeur. Premier arrêt dans une boutique à M'Bour pour acheter du riz, des bougies, quelques cahiers, et des bonbons. Pour les bonbons, c'est plutôt dommage vu les problèmes dentaires engendrés, mais on n'ose pas le dire à Malik. On imaginait les premiers villages de brousse assez éloignés de la côte, mais sitôt sorti de M'Bour, après quelques champs arides où semblent cultivés des sacs plastiques en quantités phénoménales ( qu'est ce qu'on attend pour les interdire et les remplacer au pire par du papier ?), apparaissent les premiers baobabs et les villages de brousse.

  En route pour vendre à la ville
En gros, un village, c'est une famille et il y a les villages Peuls ( des éleveurs, donc plutôt nomades), le wallofs ( cultivateurs, donc sédentaires), les Sérères et ... bref lisez un bouquin ou allez sur internet. Le premier village est Peul, comme notre guide, et nous sommes accueillis dans la bonne humeur. Pas d'homme dans le village : ils sont avec les troupeaux dans la journée et, visiblement, les co-épouses vivent assez bien le partage. Finalement, il y a du bon dans toutes les religions et s'imaginer musulman pour les femmes, juif pour l'argent et chrétien pour les boissons alcoolisées, ça pourrait faire un mix à succès.
Brigitte aime toujours autant les enfants ( dépêche toi, Cécile !) et ici il y en a beaucoup, beaucoup ... Les femmes Sénégalaises sont très jolies, élancées : le premier top model africain n'était-il pas d'ici? ( Non, non, nous ne parlerons pas de Rama Yade !!).
La distribution précède le départ, et la radio de la voiture donne une musique de boite de nuit : tout le monde se met à danser autour de Malik qui se taille un succès d'enfer. En route pour le village suivant ...
Deux villages côte à côte, beaucoup plus petits que celui que nous venons de quitter. L'un est Sérère, l'autre Wallof.
Le troupeau n'est pas loin du village, et pourtant nous ne trouvons cette fois encore que des (jolies) femmes dans les villages. Le mil doit être pilé en trois fois. Il y a la technique africaine, en claquant des mains et la technique européenne, pas très au point (c'est pour ça qu'on n'en mange pas souvent chez nous, parait-il)
Brigitte ( comme c'est bizarre ! ) avait souhaité visiter une école. C'était aussi les vacances scolaires, mais nous nous rendons dans un village où les élèves sont venus pendant leurs vacances préparer l'examen d'entrée en 6 ième. Regardez le problème au tableau : combien d'élèves de CM2 vont le résoudre facilement en France?
Les élèves se lèvent pour chanter un texte sur l'égalité homme-femme
En route vers une petite aire de vente de produit artisanaux (ça, c'est un peu téléphoné !) autour d'un baobab creux à l'intérieur duquel on tient facilement à 7. Le baobab peut vivre mille ans, et devient creux à partir de 400 ans.

Brigitte et le chef du village à l'intérieur du baobab. J'ai assez de recul pour prendre la photo
Tandis que les Rennais rentrent à leur hôtel, Malik nous emmène chez lui, à M'Bour où nous attendent sa seconde femme (la première vit à Dakar avec ses 5 premiers enfants), leur fils Cheik et ses filles venues de Dakar. La villa est somptueuse, le repas (un tieboudiène) excellent, mais nous n'osons pas prendre de photo ( à tort, nous dira Malik le lendemain). Nous mangeons à table avec une de ses filles ( elle est en première scientifique et fait la fierté de son père), tandis que le reste de la famille, le chauffeur et quelques amis mangent à la sénégalaise, accroupis sur un tapis. Malik et les siens réussissent néanmoins à nous mettre à l'aise et ce repas restera un des meilleurs moments du séjour. Deux gazelles et 6 enfants : Malik retourne à Dakar lorsqu'il n'a pas de client sur la côte, et revient à M'Bour lorsque les affaires reprennent. Son rêve ? avoir une voiture pour être plus indépendant dans son métier de guide, même s'il avoue avoir peur d'apprendre à conduire.
Après le repas, nous nous dirigeons vers Joal, ville natale de Léopold Sédar Senghor dont la maison est transformée en musée. Pas de photo, mais on a aimé le lieu et le personnage. Prochaine étape : sécheries de poisson
Le poisson en excédent est amené du port de M'Bour pour être séché soit entier, soit en filet. Ces produits sont en grande partie destinés à l'exportation (Mali). Sur la photo de droite, ne croyez pas que Malik me montre quelque chose, non, ilvient de gouter, mais me recommande de ne pas l'imiter : il y a trop de mouches pour nos fragiles organismes européens aseptisés ... Quand aux filets, ils sont levés par des femmes apparemment insensibles à l'odeur ambiante. Après tout, notre douce France, il y a quelques siècles, c'était pas mieux ...
La rando s'achève par la découverte du "fromager" qui, comme son nom ne l'indique pas, est un arbre qui donne un fruit appelé Kapok.

Le Kapok sert à rembourrer les oreillers
Nous rentrons à l'hôtel à temps pour l'apéro-bar pendant qu'un groupe fait "la balance" avant de jouer pendant le repas. Ce soir, variétés (la musique, pas les entrées). A la table d'à coté deux gosses insupportables s'endorment dès que l'orchestre commence à jouer : aussitôt, les parents se lèvent et vont acheter 2 cd au groupe juste avant qu'ils n'interprétent Che Guevarra et Marinella. Cet achat inattendu réveille le bassiste et le concert se poursuivra, sans spectateur, tard dans la nuit. Bon, soyons juste, il y a pire comme orchestre, mais on devrait inscrire sur la batterie (comme sur les paquets de cigarettes) "l'abus de synthé nuit gravement à la musique".